Les DSI vont-ils devoir adopter un chien ? à entendre ce que l’on explique en comité de direction, c’est fort probable qu’il va nous falloir aller faire un tour dans les locaux de la SPA, la Société protectrice des animaux. On ne nous parle que de Rex. Rex, par-çi, Rex par là.
Au début, je croyais qu’il s’agissait du nouveau chien de notre vénérable Président, Pierre-Henri Sapert-Bocoup et, que pour tous ceux qui veulent se faire bien voir, citer le nom de Rex dans une conversation serait une bonne manière d’avoir une augmentation ou, au moins, un peu plus de considération. Lorsque j’ai présenté mon projet de budget 2010, avec la liste de tous nos projets, le directeur financier m’a rétorqué : « Où il est, le Rex ? ». Le patron de la logistique m’a lui aussi demandé si j’avais « consulté des Rex » avant de lui présenter la refonte du système de Supply Chain (que tous les utilisateurs appellent « la Supplice Chaîne ».
« Heu… ben non », lui ai-je répondu.
« Vous reviendrez lorsque vous pourrez-nous présenter vos Rex. », a conclu notre Président. Ah, bon, parce qu’ils sont plusieurs, maintenant ?
J’ai alors contacté l’un de mes amis, DSI lui aussi, mais dans un groupe de grande distribution et qui connaît toutes les arcanes des entreprises réputées difficiles. Il faut dire qu’il est habitué à la rigueur et à la rudesse de ce milieu, où les systèmes d’information sont le dernier rayon approvisionné en ressources budgétaires, souvent pas fraîches. « Le Rex ? Moi, on me casse les pieds avec ça depuis au moins dix ans, m’explique-t-il. Et il y en a deux : le résultat d’exploitation (c’est le Rex méchant…) et le retour d’expérience (C’est le Rex plutôt gentil…). Si tu lances un projet sans identifier les bénéfices et sans t’être assuré que des retours d’expériences d’autres entreprises ont été étudiés, on te le fais savoir tout de suite. »
J’ai donc ajouté dans tous mes slides (la nourriture préférée des Rex gloutons…) la mention systématique de tous les éléments justifiant la rentabilité des projets systèmes d’information. Rex est devenu le chien de garde de la rentabilité des projets. J’ai même affiché dans la salle de réunion où se déroulent tous les comités de pilotage un panneau « Chien méchant » ! à chaque fois qu’un digne représentant des maîtrises d’ouvrage me demande de rajouter telle ou telle fonctionnalité, plutôt coûteuse, voire inutile, selon nous, je lui désigne le panneau « Chien méchant » et lui demande ce qu’en penserait notre ami Rex. Notre toutou est finalement très utile. J’en ai même acheté un vrai, mais je ne l’ai pas appelé Rex. Je l’ai baptisé Sultan. C’est moins con…