DG, démission !!!

Les syndicats ont quand même du bon. Ils nous montrent, par l’exemple, comment s’imposer, faire passer des idées et créer un climat qui leur est favorable. C’est, pour nous DSI, une excellente école pour apprendre comment manœuvrer au quotidien pour se faire entendre de nos directions générales.

Les experts qui ont étudié la rhétorique syndicale sauraient bien sûr nous expliquer les tenants et les aboutissants des logiques de position, des représentations de l’action, des discours de la revendication et de la mobilisation, et de la mise en scène des rapports de domination et de négociation. Soyons utiles : à force de regarder les chaînes d’infos ces derniers mois, je peux, en exclusivité, vous révéler les dix principes que j’ai retenus et qui sont directement opérationnels dans nos entreprises, grâce à nos amis syndicalistes. Ces principes s’appliquent plutôt aux DSI dans lesquelles les relations avec les métiers et les directions générales sont difficiles.

  1. Prospérez sur le malheur des utilisateurs : soyez le défenseur des faibles, en l’occurrence les utilisateurs qui doivent supporter un système d’information d’un autre âge et doivent se débrouiller seuls. Évidemment, cette posture n’est qu’apparente car, en vérité, vous vous en fichez. Vous adopterez le slogan qui a fait ses preuves : « Luttons pour le minimum, l’espoir fera le reste. » Opposer les « gens d’en bas » et « ceux d’en haut » fonctionne à tous les coups…
  2. Bidonnez les chiffres de vos supporters : à l’image des chiffres de participation aux manifestations, réalisez vos propres enquêtes de satisfaction, vous serez ainsi en mesure de clamer que tous les utilisateurs sont satisfaits et soutiennent la DSI, qui vit chichement et sous pression des métiers. Attention toutefois à ne pas indiquer un nombre d’utilisateurs supérieur à l’effectif de votre entreprise, ça va se voir…
  3. Renversez systématiquement les responsabilités : lorsque la direction générale et certains utilisateurs vous accuseront de créer des dégâts (coupure d’électricité dans le datacenter, par exemple), répliquez que c’est la direction générale qui est responsable d’avoir poussé la DSI dans ses retranchements et de ne pas écouter les revendications sur le budget-pivot avec 64 % de hausse.
  4. Élaborez des slogans simplificateurs : les utilisateurs, pour les fédérer au maximum, ne s’embarrassent pas de concepts compliqués, il faut privilégier ce qu’ils ont envie d’entendre. Inutile de revendiquer le retrait du projet « d’allongement de l’amortissement des serveurs pour améliorer la Bottom Line », il est préférable d’insister sur « la logique capitaliste qui appauvrit les informaticiens qui travaillent dur et qui se lèvent tôt. »
  5. Privilégiez les revendications irréalistes, selon le principe du « plus y’en a, plus y’a de chances qu’on obtienne un plus gros bout ». Exigez des nouvelles primes pour tout le monde, des créations d’emplois de développeurs et de chefs de projets, une revalorisation du métier de DSI, une réduction du temps de travail dans les datacenters.
  6. Retournez les questions : lorsqu’on ne manquera pas de vous demander « pourquoi le SI est dans cet état, pourquoi vos collaborateurs sont démotivés et où est passé l’argent », ne répondez surtout pas, selon le principe que tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous, au-dessus de vous, en-dessous de vous et derrière vous. Chaque question doit appeler une autre question sur le mode « Et vous, qu’avez-vous fait pour… ? » Complétez avec n’importe quoi, l’objectif n’est pas d’obtenir une réponse, mais de détourner l’attention, de déstabiliser et de discréditer vos interlocuteurs.
  7. Diffusez des contre-vérités : si vous avez pris le bon réflexe de bidonner les chiffres de vos supporters, vous êtes mûr pour passer à la vitesse supérieure : mentir systématiquement. Un dépassement de délais ? Foutaises… Une dérive dans les budgets ? Certainement pas ! Une application qui dysfonctionne ? Bien sûr que non, puisque les utilisateurs sont satisfaits, enquêtes à l’appui. Un manque de leadership du DSI ? Pfff, comment serait-il arrivé à ce poste, si c’était vrai ?
  8. Exigez la démission de tous ceux que vous ne supportez pas, surtout ceux qui posent de bonnes questions, qui connaissent leur métier et qui sont susceptibles de percer à jour vos véritables motivations (en gros, garder votre job et obtenir un maximum de budgets pour se faire plaisir sans trop travailler). Exigez donc régulièrement la démission de tout le Comex, juste pour le principe. Sur un malentendu, vous pourrez conclure un accord satisfaisant pour éviter que l’ambiance ne se pourrisse encore plus…
  9. Posez-vous comme le seul recours. En tant que défenseur des utilisateurs opprimés et des pauvres informaticiens nécessiteux, alors que les collaborateurs du DAF et du DRH ont beaucoup plus d’avantages, le DSI est, par définition, le seul recours. La DSI insoumise est en marche !
  10. Adoptez vos Black Blocs : si vous hésitez à affronter en direct votre direction générale, vous pouvez confier le sale boulot à des tiers, à l’image des Black Blocs qui, dans les manifestations, détruisent tout ce qui leur tombe sous la main ou sous la barre de fer. Sur ce terrain, les fournisseurs sont vos alliés : suggérez aux métiers de faire appel aux plus nuls, incompétents, voyous (tout le monde les connaît), en les présentant bien sûr comme des leaders incontournables sur leur marché. Laissez les métiers contracter directement : en principe, au bout de quelques mois, le SI sera dans un tel état de désorganisation et de dérives des coûts que vous aurez le mandat de la DG pour redresser le tout.

Le seul recours, je vous dis…