Les métiers improbables mais néanmoins indispensables de la DSI – 2

Je poursuis mon harassant travail de recensement des postes dont nous aurons besoin, à la DSI, pour adapter nos compétences.

Chef de la brigade anticorruption de mémoire. Ce chef d’équipe a un rôle essentiel dans la bonne marche du système d’information. Il est intraitable sur tout ce qui peut altérer le fonctionnement des serveurs. Il travaille en étroite liaison avec les équipes de développement et d’exploitation. Il va de soi que le chef de la brigade anticorruption de mémoire est l’un des mieux payés parmi les collaborateurs de la DSI, pour éviter qu’il ne devienne ripou à la solde de développeurs peu scrupuleux. L’intégrité du chef de la brigade anticorruption de mémoire va très loin : il doit être capable de refuser même les enveloppes budgétaires.

Obsédé du vice caché. Souvent juriste de formation, avec une expérience dans le monde des produits de grande consommation, il est persuadé que les logiciels, comme les produits matériels, sont truffés de vices cachés qui font courir des risques élevés au système d’information. Sa quête le conduit à traquer le moindre bogue au sein de mégabits de données. Les éditeurs accusent très souvent les obsédés du vice caché de harcèlement et de viol de leur propriété intellectuelle.

Professeur de maintien à domicile. À l’heure où les entreprises encouragent le télétravail pour réduire les coûts, le professeur de maintien à domicile a un rôle pédagogique envers les utilisateurs appelés à travailler chez eux. Il explique les bonnes manières, au cas où les utilisateurs manqueraient de la plus élémentaire correction vis-à-vis de leur employeur et des outils mis à leur disposition, par exemple en utilisant ces derniers pour leur usage personnel. Le professeur de maintien à domicile organise régulièrement des interrogations écrites surprises : tous ceux qui n’ont pas la moyenne sont priés de réintégrer leur open space, avec la mention « peut mieux faire » dans leur dossier. Avant un renvoi définitif après être passés par le bureau du PDG (proviseur-directeur général).

Désensableur de projets échoués. L’issue d’un projet tient souvent à peu de chose. Il suffit qu’un banc de sable qui a résisté au changement fasse vaciller, voire couler, le paquebot système d’information. Et annihile des mois, voire des années d’efforts ! Combien de navires et de forteresses flottantes, réputés invincibles, ont sombré pour avoir ignoré les règles élémentaires de navigation qui font que l’on passe avant tout par le chenal des best practices plutôt que de s’aventurer dans des affluents boueux ou des zones peuplées de traîtres rochers propriétaires ? Il en est de même pour les projets SI échoués sur le bord de canaux informationnels pourtant balisés par des berges de cahier des charges et des écluses de gouvernance. Le désensableur de projets échoués est là pour identifier les masses qui ont malencontreusement heurté un projet dont tout le monde s’accordait pour affirmer qu’il était bien parti et qu’il arriverait à bon port dans les délais.

Benchmarqueur génétique. Chaque système d’information est unique. Le benchmarqueur génétique a pour mission de dresser la cartographie des gênes du système d’information. L’objectif est d’identifier, le plus en amont possible, les maladies génétiques signes de dégénérescence du système d’information. Souvent, cela se traduit par une grosse fatigue des performances, des applications nauséeuses, des rougeurs budgétaires et des utilisateurs qui grattent là où le SI les démangent. Et si le système d’information est affligé d’une tare congénitale avant même d’avoir vu le jour, le benchmarqueur génétique conseillera toujours l’euthanaSI.

Égoïneur de SI. La complexité du système d’information nécessite l’embauche d’un égoïneur de SI. Son rôle est de découper le système d’information en rondelles plus facilement gérables et empilables. Ses remarques acérées (car le bougre a la dent dure…) sont toujours du plus bel effet lors des réunions projet, surtout lorsqu’elle mettent en cause certaines branches métier.

Releveur d’empreintes carbone : avec la maladie de la greenite (c’est comme la vache folle mais pour les systèmes d’information, qui se mettent à trembler sous l’effet des injonctions de sérum écologique), le releveur d’empreintes carbone a pour mission de déterminer, pour chaque matériel, chaque application, voire chaque action des informaticiens, l’impact énergétique.

Gouverneur de la gouvernance : la gouvernance des systèmes d’information est tellement importante (on nous rebat les oreilles avec ça, y compris dans Best Practices) que ce poste est indispensable. Même si son titulaire, avec un tel intitulé sur sa carte de visite, risque d’affronter de multiples railleries de la part de ses collègues.