Libérons les otages de la comm’

La mode est aux otages dans des pays hostiles. Mais il ne faudrait pas oublier que des otages, il y en a partout… Par hasard, en surfant sur le Web, un titre a attiré mon attention : « La gestion des portefeuilles de projets au centre des souhaits des DSI ». Bigre… J’ai voulu en savoir plus en cliquant sur le reste de l’article. Je n’aurais pas dû…

Je pensais y trouver un article m’expliquant comment mener une stratégie de gestion de portefeuille de projets, nous en avons bien besoin, depuis le temps qu’on les empile et que l’on ne sait plus qui doit faire quoi, pour quand et avec quelles ressources… En réalité, l’article, écrit par la dirigeante d’un éditeur de logiciels (qui un look à jouer un rôle de profileuse dans une série télévisée américaine), est un bon exemple de texte parasite qui n’apporte rien. Comment les reconnaît-on ? À l’abus de termes qui ne veulent rien dire. Je vous en livre quelques-uns : objectifs corporate, défi, global, efficace, stratégique, formidable, intégré, harmonieusement, porteur, dynamique…

Le tout est emballé dans des idées que l’on ose même plus écrire dans nos notes au comité de direction. Je vous en livre aussi quelques-unes : « Les cadres informatiques dirigeants prennent l’initiative d’aligner l’informatique sur la stratégie d’entreprise et d’en faire un puissant contributeur à l’atteinte des objectifs corporate. » Ça, on le savait déjà… Autre exemple : « Afin de répondre aux besoins des entreprises, il est nécessaire que les cadres informatiques travaillent avec leurs homologues du secteur pour obtenir des accords sur l’utilisation efficace des ressources disponibles. Les entreprises requièrent une compréhension précise de leur environnement global et de leurs ressources, afin de prendre des décisions éclairées quant à leurs dépenses. » C’est la base du métier, non ? Ou encore : « Les projets PPM doivent être conçus pour intégrer harmonieusement les processus et les données critiques nécessaires à une bonne gestion de l’informatique. » Comme disait John Dire, un célèbre gourou du management auto-tracté : « Quand la gestion c’est d’la bonne, c’est qu’t’as labouré au bon endroit. » Je n’invente rien et je vous livre même un lien vers le texte original (enfin, c’est une façon de parler) : lc.cx/best130-5.

Au-delà de cet article, j’ai une pensée particulière pour tous ceux que l’on a forcé à écrire, relire, valider, traduire et diffuser ce texte. N’ont-ils pas, eux aussi, été pris en otage par des gourous de la comm ? On les a forcés à utiliser des mots qui ne veulent rien dire, à annihiler dans leur cerveau tout sentiment de honte quant au résultat, à envoyer des milliers d’e-mails à travers le monde aux journalistes pour qu’ils diffusent ce texte, bref à douter de l’utilité de ce métier pour lequel ils avaient la vocation depuis l’enfance.

On imagine la scène de liesse le jour où ils seront libérés et témoigneront des affres de leur mission.
• « On nous a enchaîné à des contrats de travail à durée indéterminée et nous avons été régulièrement frappés avec une énorme langue de bois, ça fait très mal… »
• « Nous avons été victimes de simulacres d’exécution particulièrement horribles : on nous obligeait à appuyer sur le bouton d’envoi à dix millions de personnes d’une newsletter 100 % langue de bois, avec notre vrai nom comme expéditeur. C’était horrible… Nous demandons pardon aux familles de toutes nos victimes… »
• « Nous avons été torturés avec la méthode des 10 M, qui consiste à répéter cent fois, et de plus en plus vite, sans se tromper (sinon c’est dix coups de langue de bois sur la tête…), la phrase suivante » : « Maintenant, Mettons Matériellement les Moyens pour le Marché Mature du Mi-Market Manufacturier Moderne ». »

La plupart ne s’en remettront pas, touchés par le « stress post-traumatique du point de vue d’expert », maladie reconnue par l’OMS (Organisation du Marketing Sacrifié) : ils feront des cauchemars toute leur vie, imaginant qu’un directeur marketing autocrate les obligera à écrire des points de vue d’experts de plus en plus longs avec au moins 75 % de termes abscons. D’autres seront tout aussi irrécupérables, atteints par le syndrome de Stockholm, lorsque des otages développent une réelle empathie à l’égard de leurs ravisseurs.

La prochaine fois que vous lirez un point de vue d’expert sur le Web, ayez une pensée particulière pour tous ceux qui ne sont toujours pas libérés. Et si vous avez le temps, envoyez-moi votre sélection des pires textes que vous avez lu (olivier.sehiaud@gmail.com). Nous pourrons ainsi participer au mouvement de libération des otages de la comm !

Le tout est emballé dans des idées que l’on ose même plus écrire dans nos notes au comité de direction. Je vous en livre aussi quelques-unes : « Les cadres informatiques dirigeants prennent l’initiative d’aligner l’informatique sur la stratégie d’entreprise et d’en faire un puissant contributeur à l’atteinte des objectifs corporate. » Ça, on le savait déjà… Autre exemple : « Afin de répondre aux besoins des entreprises, il est nécessaire que les cadres informatiques travaillent avec leurs homologues du secteur pour obtenir des accords sur l’utilisation efficace des ressources disponibles. Les entreprises requièrent une compréhension précise de leur environnement global et de leurs ressources, afin de prendre des décisions éclairées quant à leurs dépenses. » C’est la base du métier, non ? Ou encore : « Les projets PPM doivent être conçus pour intégrer harmonieusement les processus et les données critiques nécessaires à une bonne gestion de l’informatique. » Comme disait John Dire, un célèbre gourou du management auto-tracté : « Quand la gestion c’est d’la bonne, c’est qu’t’as labouré au bon endroit. » Je n’invente rien.

Au-delà de cet article, j’ai une pensée particulière pour tous ceux que l’on a forcé à écrire, relire, valider, traduire et diffuser ce texte. N’ont-ils pas, eux aussi, été pris en otage par des gourous de la comm ? On les a forcés à utiliser des mots qui ne veulent rien dire, à annihiler dans leur cerveau tout sentiment de honte quant au résultat, à envoyer des milliers d’e-mails à travers le monde aux journalistes pour qu’ils diffusent ce texte, bref à douter de l’utilité de ce métier pour lequel ils avaient la vocation depuis l’enfance.

On imagine la scène de liesse le jour où ils seront libérés et témoigneront des affres de leur mission.
• « On nous a enchaîné à des contrats de travail à durée indéterminée et nous avons été régulièrement frappés avec une énorme langue de bois, ça fait très mal… »
• « Nous avons été victimes de simulacres d’exécution particulièrement horribles : on nous obligeait à appuyer sur le bouton d’envoi à dix millions de personnes d’une newsletter 100 % langue de bois, avec notre vrai nom comme expéditeur. C’était horrible… Nous demandons pardon aux familles de toutes nos victimes… »
• « Nous avons été torturés avec la méthode des 10 M, qui consiste à répéter cent fois, et de plus en plus vite, sans se tromper (sinon c’est dix coups de langue de bois sur la tête…), la phrase suivante » : « Maintenant, Mettons Matériellement les Moyens pour le Marché Mature du Mi-Market Manufacturier Moderne ». »

La plupart ne s’en remettront pas, touchés par le « stress post-traumatique du point de vue d’expert », maladie reconnue par l’OMS (Organisation du Marketing Sacrifié) : ils feront des cauchemars toute leur vie, imaginant qu’un directeur marketing autocrate les obligera à écrire des points de vue d’experts de plus en plus longs avec au moins 75 % de termes abscons. D’autres seront tout aussi irrécupérables, atteints par le syndrome de Stockholm, lorsque des otages développent une réelle empathie à l’égard de leurs ravisseurs.

La prochaine fois que vous lirez un point de vue d’expert sur le Web, ayez une pensée particulière pour tous ceux qui ne sont toujours pas libérés. Et si vous avez le temps, envoyez-moi votre sélection des pires textes que vous avez lu (olivier.sehiaud@gmail.com). Nous pourrons ainsi participer au mouvement de libération des otages de la comm !